ACTOR STUDIO

Alors qu’il s’apprête à jouer (à guichet fermé) les dernières dates de son seul en scène si émouvant, Vincent Dedienne nous parle, avec une sincérité qui n’est pas si commune, du théâtre, de son amour du jeu et de ses projets.

Propos recueillis par Hervé Troccaz

Vincent Dedienne
Vincent Dedienne

Comment, avec le recul, analysez-vous votre succès ?

Je pense que je suis arrivé au bon moment et au bon endroit. Le succès d’une pièce, c’est une rencontre avec un public à un instant T. Je me sens bien de ma génération, en phase avec mon époque. Je suis persuadé aussi que les spectateurs avaient vu beaucoup de talents issus du Jamel Comedy Club, des stands up, mais beaucoup moins de comédiens. Or, je me sens avant tout comédien. De nombreux sujets avaient déjà été traités, et j’apportais sans doute un ton neuf, un style qui détonait de ce que l’on avait vu jusqu’à présent.

Pourtant votre spectacle parle beaucoup de vous !

Plus on touche à l’intime, plus on touche à l’universel. Quand un comique réalise un sketch sur les smartphones, il ne fait pas forcément mouche ! En revanche quand j’évoque des sujets comme ma naissance, mon adoption, ces sujets ont une portée universelle plus immédiate.

C’est un spectacle dont on a beaucoup entendu parlé mais duquel il y a très peu d’extraits vidéo. Vous avez, avec votre équipe, chercher à le protéger ?

Il est facile de se faire déposséder d’un spectacle et après sur internet chacun peur quasiment le reconstituer. Malheureusement, les vidéos donnent une fausse idée. J’aime bien que les gens ne sachent pas ce qu’ils vont voir.

Vous avez une approche très personnelle de la scène….

J’ai été un peu élevé dans l’idée que la scène était un lieu un peu sacré. Je n’y monte jamais avec mes chaussures de ville. Je n’aime pas qu’on mange sur le plateau. C’est un endroit un peu protégé. Alors quand je vois un type ou une fille qui monte sur scène sans savoir-faire, ça me révolte ! C’est pour ça que l’étiquette humoriste ne me convient pas. C’est une qualité d’être rigolo. Et j’ai plein de copains qui sont rigolos, peut-être bien plus que moi ! Pourtant ils ne montent pas sur scène car ce n’est pas leur métier. Il ne s’agit pas simplement d’être drôle. Sur scène, il faut être comédien !

Quels sont vos projets ?

Je vais jouer dans un film de Marie-Castille Mention-Schaar (réalisatrice du Ciel attendra), un film choral. J’y incarnerai le fils de Nicole Garcia, aux côtés également de Clotilde Courau, Gustave Kervern, Carmen Maura. Je tournerai également dans deux autres long-métrages : un écrit par Camille Chamoux réalisé par Patrick Cassir avec Camille Cottin, Jérémie Elkaim et Jonathan Cohen. Puis un film avec Josiane Balasko en janvier. Ensuite, je serai au théâtre de la Porte Saint-Martin dès le 16 janvier dans Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux mis en scène par Catherine Hiegel avec Nicolas Maury et Clotilde Hesmes.
Je suis content de jouer un texte qui n’est pas le mien car je ne me considère pas comme un bon auteur, je me mets même tout en bas de la liste. À force les gens vont croire que je me « surkiffe » comme auteur alors que pas du tout. Les grands textes me manquent. J’aimerais aussi écrire un scénario, mais ce n’est pour l’instant qu’un projet !

Comment concevez-vous l’exercice de la chronique télévisuelle ?

C’est pour moi une récréation. Je l’aborde de manière très légère et sans contrainte.

On a le sentiment que ces chroniques vous permettent de dévoiler le versant politique de votre personnalité. Vous ne cachez pas vos préférences !

Ce n’est pas un effort de ma part ni une revendication mais j’ai envie d’être honnête. Comme la télévision n’est pas mon métier et que je ne veux pas que ça prenne le pas sur le reste, je veux le faire avec le minimum de contraintes. J’ai envie d’être sincère. Je ne veux pas cacher mes agacements. Sur l’homosexualité, par exemple, quand je dis que Xavier Dolan est beau, je ne veux pas me demander ce que les gens vont en penser etc… Ce n’est pas mon métier donc je me dis « détends-toi ». Sur la politique, c’est un peu piégeant. Quand je me suis retrouvé face à des membres du Front national, je me suis dit que je ne pouvais pas être dans un rire de connivence car je me sentirais trop mal. Dès que vous acceptez d’être face des personnes comme ça, ça devient politique malgré soi. Sur les « Bios interdites de Canal + », on a peut-être réussi un petit truc : confronter les gens à leur auto-dérision et à leur masque médiatique, à leur discours, au fait qu’ils étaient plus rodés que moi. J’étais un puceau naïf et candide et eux n’ont pas l’habitude de ça.

Quand j’ai démarré mes chroniques, j’étais particulièrement jeune. Mais j’ai toujours eu des convictions ! C’est un formidable outil pour moi pour aborder des sujets qui me tiennent à cœur. J’ai beaucoup d’ambition pour mon époque ! Je trouve que nous vivons une période stimulante et en même temps perturbante avec des retours en arrière, des discours rétrogrades, racistes, une opposition entre les hommes et les femmes. Dès que j’en ai l’occasion, je ne me prive pas d’exprimer mon avis !

Crédit photo : Pasqualito, Julien Benhamou