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Moulin de László Nemes avec Gilles Lellouche, Lars Eidinger, Louise Bourgoin, Félix Lefèbvre, Hortense Quentin de Gromard, Pierre Nisse.
Synopsis
Moulin se déroule au cœur de la Seconde Guerre mondiale. Le récit début en juin 1943. Nous suivons le parcours du chef de la Résistance. Ce dernier tente de cacher sa véritable identité avec plusieurs synonymes, comme Max ou encore Rex. Mais alors qu’il tente de réunir les forces de l’Armée secrète, il est interpellé par la Gestapo. Jean Moulin va alors être interrogé par Klaus Barbie, qui va le malmener pour tenter de lui faire avouer tous ses secrets. Jean Moulin arrivera-t-il à faire face à la Barbarie nazie ? C’est le destin du pays qui est en jeu.
Critique
UN HEROS TRES DISCRET
La bande-annonce nous avait fait craindre le pire, ne rendant pas hommage à la subtilité et aux partis-pris parfois audacieux du réalisateur. László Nemes filme l’autre visage de l’atrocité nazie, la torture, après Le Fils de Saul(2015), son chef-d’œuvre sur la Shoah.
Moulin nous immerge dans un univers où la barbarie n’a d’égale que la perversité de Klaus Barbie.
Sur le plan formel le film demeure parfait, porté par les jeux de lumières en clair/obscurs ainsi que les magnifiques contre-plongées, un sens du cadre certain. La photographie de Mátyás Erdély s’avère somptueuse.
On regrette les décors lyonnais reconstitués à Budapest et les prises de liberté par rapport à la réalité historique
On regrette simplement les reconstitutions de Lyon dans des décors à Budapest, là où Antonin Baudry (La Bataille de Gaulle – : j’écris ton nom) s’était donné la peine de tourner dans le Vieux-Lyon et la maison du docteur Dugoujon (actuel Mémorial Jean Moulin). Cette approche nuit quelque peu au propos de l’ensemble, tout comme les libertés scénaristiques prises avec la réalité, avec des scènes inventées de toute pièce. Tous les efforts consacrés à l’unification des mouvements de Résistance pour former le Conseil National du même nom sont rapidement survolés, une gageure.
Autre réserve, celle concernant le personnage fictif de la comtesse incarné par Louis Bourgoin. Dans La Bataille de Gaulle le personnage de la résistante Livia incarné par Anamaria Vartolomei apportait une réelle plus-value et jouait un rôle de seconde main essentiel, comme c’est le cas de Colette dans le long-métrage de László Nemes (touchante et parfaite Hortense de Gromard).
Ici, la comtesse révèle tant bien que mal le masque du héros de la Résistance, sans apporter un sous-texte. On demeure moins convaincu, également par la scène de danse purement fantasmée, censée être audacieuse, mais d’une grande maladresse.
Ce mélange des genres entre des faits historiques reconnus et une fiction met mal à l’aise. On comprend la démarche artistique de László Nemes, mais cette prise de liberté avec la réalité demeure fortement discutable. C’est d’autant plus dommage qu’elle dessert le propos général, la qualité d’interprétation, de la photographie et la mise en scène.
Une conclusion magistrale
Passé ces réserves, Moulin demeure un excellent long-métrage porté par l’interprétation de Gilles Lellouche. Certes, son jeu et son charisme demeurent bien moins convaincants que celui de Félix Kysyl (Moulin dans le diptyque De Gaulle). Mais son jeu tout en intériorité et retenue dévoilent une autre facette du héros très intéressante.
Face à lui Lars Eidinger campe un Klaus Barbie monstrueusement crédible.
Les scènes de torture, psychologique et physique, restent longtemps en mémoire.
Mais la plus grande réussite du réalisateur demeure sa maitrise avec brio des scènes d’ouverture et de clôture, avec une conclusion magistrale. Les archives de la collaboration qui ouvrent le film font écho à l’épilogue porté par un « songe des matins qui parlent encore aux hommes de demain », porté par la voix blanche de Gilles Lellouche. Les destins parallèles des deux protagonistes se font cruellement face, entre un homme tombé sous la torture nazie, tandis que le second fuyard a profité des jouissances de l’existence en exil. Par un habile montage, László Nemes nous signifie qu’un seul restera dans l’Histoire. Après Notre salut, un grand film qui invite à ne pas réitérer les erreurs du passé, contre la tentation totalitaire et les extrêmes.
✍️ Hervé Troccaz
On a aimé
Les partis-pris de mise en scène
Le jeu de Lars Eidinger
On demeure plus réservé
La reconstitution des décors à Budapest
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